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3 QUESTION A … Sebastian Prothmann, marchand ambulant à Dakar: "La couleur de ma peau m’a ouvert beaucoup de portes"

Sebastian Prothmann est doctorant en Anthropologie. A 28 ans, cet Allemand  vient au Sénégal dans le cadre des ses recherches sur les mobilités. Il s’intéresse particulièrement à la jeunesse de Pikine. C’est  dans cette banlieue de Dakar où il séjourne qu’il sera emmené à être marchand ambulant. Une expérience émouvante qui va bousculer les stéréotypes vu ses origines.  Il nous raconte, dans cette interview, sa vie de ‘’bana bana’’ dans la capitale sénégalaise.

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1. Sebastian, tu fais un doctorat en anthropologie sur le Sénégal. Peux-tu nous expliquer comment tu t’es retrouvé vendeur ambulant et comment cela se passait quotidiennement ?

Au début de mon séjour j’ai rencontré un jeune homme qui a lors de notre premier contact manifesté son désir ardent de quitter le Sénégal. J’étais curieux de comprendre son ‘’monde vécu’’ pour aboutir à des interprétations socio-culturelles sur  son envie  d’émigrer.

Il était marchand ambulant. Donc, un jour je lui ai demandé si je pouvais l’accompagner dans sa routine quotidienne. Ce qu’il a accepté. Il m’a donc fait faire un premier tour, soi-disant pour mon apprentissage.  Il en  était réjoui  d’œil, car on a fait de bons bénéfices.

Après cela il m’a demandé de faire plus souvent la vente avec lui. Comme ça marchait bien avec moi, il a même voulu que j’abandonne mes recherches pour chercher de l’argent. Ce qui était hors de question pour moi.  Je lui ai alors proposé de travailler une fois par semaine et qu’on partage les bénéfices à part égales.

Avec cet engagement j’ai eu plus des prises de conscience dans le secteur informel, communément appelé aussi « Dóor waar », qui joue un rôle fondamental pour la jeunesse sénégalaise. J’ai eu aussi un aperçu sur gestion  de ressources financières et de quelle mesure un encadrement dans certains réseaux solidaires était nécessaire pour le succès d’un tel business.

Cela dit chaque fois que je devais  travailler, on allait acheter les parfums le matin, soit au  Market Thiaroye à Pikine où j’habitais ou à  Sandaga au centre-ville  de Dakar.

On s’octroyait, selon no ressources, une variété des petits parfums de 15 ml, dans des paquets qui en comptent 48. Nous sommes allés dans les rues de Dakar dans différents localités, avec dans les mains des échantillons de divers parfums. On a vendu les parfums à  prix différents. Les prix variaient selon les quartiers.

Dans certains quartiers on a les vendu à 500 CFA l’unité.  Dans ceux résidentiels comme Point E ou encore Almadies,  on les vendait à  1.000 CFA. Dans des cas exceptionnelles on a les vendu encore plus chers. Mais ce qu’il faut savoir c’est que les prix dépendent de la capacité du client à waxaale (marchander).

Et cette activité m’a donné plein d’informations sur les stéréotypes, et dans quelle mesure ces stéréotypes sont figés et ancrés dans l’esprit, que certains Sénégalais se font, malgré la mondialisation jusqu’à aujourd’hui sur la personne blanche.

2. Justement comment les gens te regardaient en tant qu’une personne blanche, appelé ici ‘’toubab’,’ qui s’adonne à ce business ?

Là, c’est un aspect assez intéressant, qui joue un rôle assez important dans mes recherches. Beaucoup de jeunes prétendent aujourd’hui avoir démystifié l’Europe. Mais contrairement à cela,  j’ai pu remarquer  sans surprise,  un certain « complexe » envers les personnes blanches.

Dans mon cas par exemple,  j’étais souvent confronté à une incrédulité frappante quant à mes origines. La plupart des personnes n’ont pas cru qu’un homme blanc peut s’investir dans un tel travail.

Comme la majorité de personnes au Sénégal  rêvent d’aller en Europe et peut-être faire la même chose là-bas, ils ont  trouvé assez ridicule, qu’un Blanc qui venant d’une société d’abondance présumée, s’engager dans ce secteur.

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Plusieurs fois j’étais aussi confronté à une confiance plus élaboré á mon égard. Il y avait des considérations selon lesquels  moi en tant que Blanc devait vendre des produits de bonne qualité. A la différence de ceux des sénégalais  qui étaient des fois taxés de falsifications et des mélanges. Cela dit,  J’avais donc plus d’estime de la part des clients que les marchands ambulants sénégalais ne l’avaient face à leurs compatriotes.

Comme je l’ai dit plus haut, beaucoup de gens doutaient que je sois allemand. Souvent j’étais taxé de « Naar », qui veut dire un Arabe.

Et quand ce n’était pas les doutes sur mes  origines les gens se préoccupaient de mes motivations réelles.   Ainsi certains prétendaient par exemple  que j’étais un espion à la solde du gouvernement  espagnol venu  au Sénégal pour apprendre le Wolof et qu’après mon retour en Espagne j’aiderais à expulser des Sénégalais.

Dans le voisinage de Pikine ou j’ai vécu j’étais regardé comme un Blanc exceptionnel. On disait que j’étais un guerrier, une qualité  nécessaire pour survivre dans la banlieue dakaroise, mais également l’ouverture à la culture sénégalaise, qui a eu dans la plupart de cas le bienvenue.

3. Finalement, tu t’es bien intégré. Tu crois que cela a été riche comme expérience pour toi ?

Je ne peux pas dire que je sois vraiment intégré mais j’ai essayé comme j’ai pu. Et puis, je crois qu’on doit grandir dans une culture pour la comprendre à fond. Je me débrouille bien en wolof, mais je crois que je dois encore m’améliorer.

Je dois avouer par contre qu’être marchand ambulant a été une expérience enrichissante dans le sens où avant de m’y engager j’avais une idée arrêtée du secteur informel. Je me disais qu’on ne pouvait pas vivres d’aussi petits gains. Mais mon engagement m’a montré, qu’on peut gagner aussi des sommes considérables, si on a des bons tactiques. C’est que j’appelle dans mon travail « urban knowledge », et certes les Sénégalais vont le  nommer « nandité ».

Dans mon cas, je suis bel et sure, que ma couleur m’a ouvert beaucoup des portes. On a vendu dans des rues de différents quartiers, dans des sociétés commerciales, à l’aéroport et au port. Dans plusieurs endroits l’existence d’un Blanc qui vend des parfums a fait tellement sensation, que j’ai eu de fois un déferlement des clients et j’ai fait des très bons chiffres d’affaires.

D’ailleurs, si mon temps me le permet, je reviendrai. Je serai encore marchand ambulant, question  de boucher  quelques trous financiers. Ou encore le  faire quand cela sera utile dans le cadre d’une recherche dans le futur. En tout cas c’est une bonne distraction pour un chercheur qui passe beaucoup, voit trop de temps dans un bureau.

 Entretien réalisé par Rémy MALLET

Journaliste – Blogueur

Cette activité lui a valu l’objet d’un reportage vidéo que vous pourrez suivre ici :

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